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  • VITRAIL & SYMBOLISME

  • II) Vitrail & Symbolisme

     

    Artisanat, artisanat d’art, art sacré… voilà des définitions bien limitantes.

    Ce que l’on sait, c’est ce que le vitrail existe depuis plus de 1 000 ans et qu’il dure dans le temps! Certains pièces d’époque sont encore aujourd’hui extrêmement bien conservées.

    le Christ de Wissembourg représentant la tête du Christ (que vous voyez en haut de page) est le plus ancien vitrail figuratif intact du monde (dans les environs de 1060).

    C’est donc, appelons le pour l’heure un médium, pérenne. Il veut et peut durer dans le temps.

    La technique du vitrail dite traditionnelle a, à cet égard, très peu évolué. Le verre, le plomb et plus tard la grisaille, les céments, (jaune d’argent, rouge de cuivre) et émaux restent les bases principales pour la réalisation d’un vitrail. Il y a bien sûr aujourd’hui d’autres techniques tels que le Tiffany, la dalle de verre, le Fusing, le verre thermoformé… mais l’attachement aux techniques ancestrales semble bien ancré.

    Cependant, la substance principale du vitrail nous interroge. Est-ce le verre ou la lumière?

    Un vitrail sans lumière n’est rien. Il est terne, illisible voir insensé… c’est la lumière qui va lui donner vie, le révéler. D’un point de vue ontologique, nous pourrions, comme le dit Denis Marquet, faire l’analogie avec l’être humain. Sans lumière, il n’est rien, semblable à tous mais dès qu’il se laisse traverser, il se singularise, se sublime, nous raconte sa propre histoire.

    Personne ne semble indifférent à la beauté d’un vitrail. Il filtre une lumière aveuglante et nous laisse entrevoir une beauté en devenir. A l’instar des anges, Il est un messager, une main tendue vers l’humanité.

    Voilà à mes yeux la vocation première du vitrail, une vocation symbolique. Il a certes dans les premiers temps servi de protection contre les intempéries (jouant le rôle de nos fenêtres d’aujourd’hui), mais très vite a su revêtir sa dimension signifiante. A l’instar de l’héraldisme du moyen âge, rien n'était laissé au hasard, même les vitreries cisterciennes en apparence vide de sens, étaient riches de métaphores dans le choix des couleurs ou des végétaux représentés.

    Les représentations figuratives, et de fait religieuses (au moins jusqu’à la renaissance) avaient pour but, comme on l’entend souvent, de transmettre l’enseignement biblique au plus grand nombre et notamment à celles et ceux qui n’avaient pas accès à la lecture. Ce que l’on entend moins souvent, et ce que certains historiens nous offrent à penser, est que ces mêmes images permettaient, même aux plus érudits, d’accéder à une compréhension symbolique inaccessible à leur simple intellect.

    Les différents degrés de lecture de la Lectio divina proposés par les grands dogmes de la foi chrétienne sont présentés ainsi :

    - Littéral, qui est issu de la compréhension linguistique de l’énoncé.

    - Allégorique ou typologique, énonçant une chose qui en dit aussi une autre.

    - Tropologique ou Moral, étapes que l'esprit humain doit parcourir dans son ascension vers Dieu (concerne le présent).

    - Anagogique, qui donne une idée des réalités dernières qui deviendront visibles à la fin des temps (concerne l'avenir).

     

    Denys l'Aréopagite est un auteur Grec de traités chrétiens et de théologie mystique. Il est l'une des sources majeures de la spiritualité mystique chrétienne et semble avoir énormément influencé le courant de la mystique de la théologie médiévale. Il combine magistralement doctrine chrétienne et néoplatonisme.

    Dans son traité sur la hiérarchie céleste, il nous envoûte par ses réflexions sur l’ineffable.

    « Au reste, si l’on revêt de corps et de formes ce qui n'a ni corps ni formes, ce n'est pas seulement parce que nous ne pouvons avoir l'intuition directe des choses spirituelles, et qu'il nous faut le secours d'un symbolisme proportionné à notre faiblesse, et dont le langage sensible nous initie aux connaissances d'un monde supérieur ».

    « Du reste la théologie mystique, comme on sait, n'emploie pas seulement ce langage saintement figuratif, quand il s'agit des ordres célestes, mais aussi quand elle parle des attributs divins. Ainsi, tantôt voilée sous les plus nobles substances, la divinité est le soleil de justice, l'étoile du matin dont le lever se fait au fond des cœurs pieux, ou la lumière spirituelle qui nous enveloppe de ses rayons : tantôt, revêtant de plus grossiers symboles, c'est un feu qui brûle sans consumer, une eau qui donne la vie à satiété, et qui, pour parler en figure, descend en nos poitrines, et coule à flots

    intarissables, tantôt enfin, déguisée sous des objets infimes, c'est un parfum de bonne odeur, c'est une pierre angulaire. Même les Écritures la présentent sous des formes animales, la comparant au lion, à la panthère, au léopard et à l'ours en fureur. Mais il y a quelque chose qui pourrait sembler plus injurieux et moins exact encore : c'est que le Seigneur s'est nommé lui-même un ver de terre, comme l'enseignent nos maîtres dans la foi. »

     

    Hugues de Saint Victor (philosophe, théologien et auteur mystique du Moyen Âge), quand à lui, distinguait trois étapes de cette progression du visible vers l'invisible :

    Cogito « je pense » : exploration du monde perceptible en s'appuyant sur la pensée abstraite,

    Meditatio « je médite » : retour introspectif de l'âme sur soi-même,

    Contemplatio « je contemple » : intuition de la vérité.

    Le vitrail, en partie pour les raisons évoquées plus haut, peut-être perçu comme un pont qui articule deux mondes pour les unir. Un médiateur, une passerelle qui relie le Ciel et la Terre, Dieu et les Hommes.

    L’étymologie du mot symbole va dans ce sens. Même si le symbole peut être énigmatique, il porte en lui la promesse d’une unité restaurée à l’inverse de « diabolos », qui suscitera confusion et division.

    Pour poursuivre dans la lecture métaphorique du vitrail, la lumière du ciel, divine, permettrait à l’homme d’accéder à la compréhension, à la connaissance. Sans elle, l’Homme reste dans les ténèbres, l’obscurité, l'absurde…

    Malgré cette vocation, les vitraux pouvaient se trouver à des distances inaccessibles pour la faible vison d’un homme ordinaire. J’y vois personnellement une analogie assez forte du pouvoir religieux souhaitant d’une part éduquer le peuple tout en lui signifiant qu’il ne peut accéder par lui-même à Dieu. J’ai cependant bien conscience que la religion a pu être le gardien d’une parole essentielle et sacrée.

    Mais aujourd’hui les autorités de sens et religieuses perdent leur omnipotence.

    Mon enthousiasme bat son plein : Rendre le vitrail accessible et retrouver le désir du sens en réveillant son intelligence symbolique.

    Comment intégrer, réintégrer ce lien au divin sans structure extérieure? Voilà ce qui me semble être l’appel profond d’aujourd’hui.

    « Si nous avions tous les mêmes opinions religieuses, il n’y aurait pas de religions.

    Dès qu’une religion apparaît, elle se brise en morceaux.

    La religion suit un processus selon lequel elle ne cesse de se partager

    jusqu’à ce que chaque homme possède sa propre religion,

    jusqu’à ce que chacun ait ses propres pensées et forge sa propre religion »

    Swami Vivekananda

     

    Un des sens spirituels du paradigme de l’individualisme, il faut bien lui en trouver un, serait pour l’Homme, de constituer son lien direct, sa relation privilégiée avec le divin… Ce qui aurait pour conséquence, un accueil sans condition de la vision religieuse de son prochain : Avoir soif de la différence de l’autre et la laïcité prend tout son sens.

    Jésus est présenté par Luc Ferry comme le pionnier de la laïcité ou celui qui nous appelle à sonder notre âme pour passer de l’extérieur, d'une application mécanique de la loi (exotérisme) à l’intérieur (ésotérisme) ou autrement dit à la responsabilité individuelle. Il nous propose d’arrêter de parler de Dieu pour le vivre et l’incarner. Etymologiquement religion s’apparenterait à relire ou relier… Alors, comme nous le suggère Marc-Alain Ouaknin, prenons le mot aux pieds de la lettre et relisons les textes aux éclats pour véritablement se les approprier comme si ils nous étaient individuellement révélés.

    Personnellement, je pense que l’humanité est déjà bien aux prises avec cette soif intime de l’être unique qui n’inspire qu’à se manifester. A mes yeux, de nombreuses formes augurent déjà ce retournement intérieur qui nous ouvre en nous-mêmes à plus grand que nous-mêmes. Les anciens l'appelaient la Métanoïa, la clef de voûte du processus d’individuation cher à Jung.

    La figure du Héros revient en force aujourd’hui et ma génération et les générations à venir y sont particulièrement sensibles mais pas que. Je pense notamment à la saga Harry Potter qui a su générer un engouement multi-générationnel. Qui n'a pas rêvé d'avoir une baguette magique, de traverser des murs pour accéder à une autre réalité et de sortir de sa condition misérable pour vivre une destin hors du commun... Les chefs d’oeuvres de Miyazaki ont eux aussi, grâce à l'imaginaire sans limite de l'artiste, bouleversé plus d’une personne. Ce dernier nous dit d’ailleurs qu’il n’a surtout pas fait ce qu’on attendait de lui. On l’aurait sinon oublié depuis longtemps.

    Dans cette période d’effondrement, l’intuition que nous sommes un autre au delà des ses conditionnements est prégnante et essentielle. Saint-Paul parle ainsi de l’évolution de l’Homme qui serait appelé à sortir de son « sôma psychikon » (corps animé par la psyché, autrement dit par son histoire sociale, familiale…), pour ressusciter à son « sôma pneumatikon » (corps animé par le souffle)… passer d’un individu engendré par le regard et les attentes du monde à un individu engendré par le divin.

    La figure du Héros, la véritable, revêt parfaitement à mon sens cette mutation. Le Héros peut avoir autant de facettes, d’attributs, de pouvoirs, qu’il y a d’individus. Le Héros est l’archétype de nos potentiels, de notre pouvoir en latence, encore inaccompli mais qui n’inspire qu’a se manifester.

    Le grand retour de la figure du héros est à mes yeux la marque de notre désir profond à se reconnecter à notre véritable nature et à l’incarner.

    Une de mes ambitions en tant que vitrailliste, est de faire des liens entre les figures historiques et mythiques qui bercent notre inconscient collectif et les héros contemporains.

    Le Tarot du Très-Bas essaiera modestement d’illustrer ce propos.

     

    « j'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre ». Genèse 9:13

    Belle métaphore pour représenter l’alliance qui nous unit à ce grand autre.

    Les orientaux y voient le pont qu’emprunte Dieux et Héros pour se joindre à notre monde.

    l’Arc-en-ciel porte en lui l’infini des couleurs et forme une passerelle qui unit deux mondes. Même si il est perceptible, Il reste immatériel. Nous pourrions dire que Le vitrail de part ses propositions de couleurs et sa vocation d’émissaire joue ce même rôle sur un plan matériel. Il devient donc à cet égard, pour nous simples mortels, un objet concret et accessible, un pont entre la matière et l’esprit, une pierre philosophale permettant la transmutation et nous ouvrant la porte des Dieux.

     

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